La musique

ENTRETIEN AVEC JIM O’ROURKE

Jim O’Rourke, compositeur de la musique du film United Red Army, est né en 1969 aux Etats-Unis, à Chicago. Ses parents sont de fervents chrétiens irlandais. Il a vécu entouré de musique et d’instruments (violon, piano) dès son enfance. Il est aussi l’un des membres fondateurs, et producteur, du groupe Sonic Youth qu’il a quitté en 2005.
Grand fan de Koji Wakamatsu et de Masao Adachi, Jim O’Rourke adore aussi le saké, étudie le japonais et a même déménagé au Japon pour y vivre. En un mot, il adore le Japon !
 

Comment avez-vous découvert Koji Wakamatsu ?
La première fois que je suis tombé sur le nom de Koji Wakamatsu c’était dans une bibliothèque aux Etats-Unis, j’avais une vingtaine d’années. Je cherchais des livres sur Jean-Luc Godard, j’ai aperçu le nom de Wakamatsu et cela m’a intrigué. Après, j’ai vu une photo tirée du film Les anges violés, produit par Wakamatsu, dans un livre sur les réalisateurs underground, Film as a Subversive Art, publié en 1974. C’était une photo couleur d’une scène montrant un homme qui venait de tuer des infirmières. Cette photo m’avait fait une forte impression.
J’ai finalement exaucé mon souhait de voir un film de Wakamatsu lors de ma première visite au Japon, à l’age de 25 ans. Le film était L’extase des anges. Je l’ai vu en japonais chez un ami. Je ne l’ai pas très bien compris car il n’y avait pas de sous-titres ! Mais je le ressentais dans mes tripes, et j’ai été très surpris. C’était le premier film que je voyais qui faisait totalement abstraction des conventions de la vie réelle.

Quand avez vous rencontré Koji Wakamatsu pour la première fois ?
Je l’ai rencontré il y a deux ans. Depuis, nous nous voyons régulièrement à Golden Gai ou à Omoide Yokocho à Shinjuku, à Tokyo ; on parle japonais, que je parle mieux de jour en jour. J’ai fini par composer la musique de United Red Armydont j’ai entendu parler pour la première fois il y a un an.
J’avais beaucoup d’idées pour le film. Bien sûr, je ne suis pas japonais et je suis relativement jeune, je ne peux donc penser à cette période et à ces évènements qu’avec une certaine distance. Et pourtant je n’arrive pas vraiment à me sentir dans mon temps, à l’aimer et à me sentir concerné. Je me sens plus proche des années soixante. Pourquoi est-ce que je ressens cela ? Quelle était cette sensation quand j’ai vu L’extase des anges la première fois ? D’où cela venait-il ? Ce sont les questions auxquelles je voulais répondre à travers Wakamatsu. J’ai alors traduit mes idées en musique et je les ai enregistrées, à New York, et ailleurs, pendant à peu près un an, après avoir entendu parler du film pour la première fois.

Quelle relation avez-vous avec les images de Koji Wakamatsu ?
Je ressens une proximité avec le travail de Wakamatsu, je comprends ce qu’il veut. Mais il était difficile de lui faire comprendre que je l’avais compris. Wakamatsu disait par exemple qu’il avait en tête une image de bleu, mais ce qu’il imaginait était en réalité du rouge. Je comprenais ce qu’il voulait réellement. Mais il était très difficile de lui faire entendre ce que j’avais compris.
Je comprenais aussi parfaitement que chaque fois que je lui apportais une démo, ses images aient changé. Quiconque créé réellement quelque chose est comme ça. Je suis pareil. Quand j’écris un morceau de musique, je ne cherche pas de réponse. Je cherche des questions. Quand je trouve la réponse à une question, c’est devenu la prochaine question. Je comprenais parfaitement qu’il apporte chaque jour de nouveaux changements. Ce qu’il pensait la veille n’avait plus d’importance. Ce n’était pas un problème pour moi. Mon problème était les limitations de temps et de matériel. C’était comme avoir une main attachée dans le dos, ce n’était pas ma façon de travailler mais c’était les conditions dans lesquelles il fallait le faire. Et, comme Wakamatsu le disait sans cesse durant le tournage du film, « si vous avez en avez l’ambition, le film sera fait. » Et il s’est fait !